6e Mini Rencontre
4 mars 1981
Autonomie et discernement
Être libre des formes et des influences
La sixième journée des Mini Rencontres, enregistrée le 4 mars 1981, reprend la question de l’autonomie de l’homme face aux formes et aux influences. Le discernement est au cœur de cette autonomie : recevoir une information, connaître un enseignement ou entrer en contact avec l’invisible ne suffit pas à être libre. Cette liberté se joue aussi dans la colère, les rapports humains et la relation aux maîtres.
Playlist de la journée
Introduction
La première journée des Mini Rencontres, consacrée au passage de l’homme psychologique à l’homme vibratoire, permettait de comprendre les limites d’une conscience qui interprète le réel à partir de la pensée, de l’émotion et des sens. L’information reçue passe par ces filtres : l’homme la comprend à partir de ce qu’il connaît déjà, de ce qu’il croit et de ce qui le touche.
La deuxième journée, consacrée à la psychologie et à l’énergie, poursuivait l'exploration en examinant les formes qui entretiennent ce fonctionnement. Les pensées, les valeurs héritées et les certitudes personnelles orientent l’ego jusque dans ses relations avec les autres. Dès lors, une question se pose : qu’est-ce qui dirige réellement l’homme lorsqu’il pense, réagit ou prend une décision ?
Avec la troisième journée, consacrée à la conscience mentale, la centricité prend une place déterminante. Elle permet à l’homme de fonctionner à partir d’un centre qui dépend de moins en moins de ses repères psychologiques. Les perceptions psychiques, la clairvoyance ou les expériences astrales ne garantissent pourtant aucune intelligence : l’ego peut s’en servir pour se valoriser, se fasciner de ce qu’il perçoit et renforcer ainsi sa dépendance à l’invisible.
Cette question de l’autonomie se poursuit dans la quatrième journée, De la résistance à l’autonomie, à travers les chocs, la souffrance, la résistance et la volonté. L’homme doit parvenir à ne plus se soumettre à une volonté extérieure, même lorsqu’elle semble favoriser son évolution. Mais cette soumission peut persister dans ce qu’il reçoit, attend ou cherche à comprendre.
La cinquième journée, L’autonomie à l’épreuve des formes, approfondit l'identification des obstacles vers l'autonomie : une information venue de l’invisible, une parole reçue au cours de l’instruction ou une relation peuvent retenir son attention et mobiliser son énergie. Une parole peut devenir une vérité à défendre, une relation entretenir une attente, une connaissance transmise se substituer à son propre savoir. L’acquisition de l'autonomie exige alors de reconnaître ce qui continue d’agir sur lui à travers ces formes.
La sixième journée explorée dans cet article, enregistrée le 4 mars 1981 et réunissant les conférences MR-028 à MR-032, reprend tous ces aspects à partir du discernement. Obtenir une réponse ne signifie pas que l’on soit capable d’en reconnaître la légitimité. L’homme peut accumuler des informations et demeurer entièrement dépendant de celui qui les lui fournit. Bernard de Montréal formule sans ambiguïté : « tu n’auras pas le discernement, tu auras seulement de l’information. » — MR-028.
Le discernement suppose de faire intervenir sa propre intelligence, de pouvoir évaluer ce qui lui est transmis et de reconnaître le moment d’agir. Il est directement lié à la centricité : plutôt que de chercher continuellement une confirmation extérieure, l’homme apprend à se vérifier intérieurement. Son autonomie doit pouvoir s’exercer jusque dans ses échanges avec une intelligence invisible, sans que l’autorité qu’il peut lui reconnaître ne l’empêche de l'interroger.
Dans les relations quotidiennes, la dépendance à une influence extérieure prend d’autres formes. Un homme qui se met en colère peut avoir le sentiment de s’affirmer, alors que sa réaction révèle en réalité l’influence exercée sur lui par une personne ou une situation, ce qui l'entraîne sur le plan émotif et lui fait perdre son énergie. Mentaliser cette énergie, selon le mécanisme développé dans MR-029, consiste à considérer objectivement la situation sans s’y engager émotivement. L’énergie qui alimentait la colère devient alors disponible pour une action issue du mental, plutôt que pour une réaction imposée par les circonstances.
Être libre de ses propres réactions change aussi la manière d’accueillir les croyances d’autrui. Il devient possible d’écouter quelqu’un sans adhérer à ce qu’il dit, sans éprouver le besoin de le contredire et sans chercher à lui retirer ses convictions. À un interlocuteur qui envisage d’éliminer une forme, Bernard de Montréal répond : « il s’agit d’être libre de la forme. » — MR-030. La différence est importante : tant qu’une croyance provoque une réaction ou appelle une opposition, elle conserve une prise sur celui qui prétend s’en affranchir. Être libre de la forme permet d’entendre les convictions de l’autre sans y adhérer, sans les combattre et sans qu’elles provoquent de réaction émotive.
Le rapport aux figures d’autorité pose un problème supplémentaire. L’attachement à un gourou, à une entité rencontrée sur les plans invisibles ou à un être perçu comme un grand maître peut entretenir une relation de domination sous l’apparence d’une aide ou d’une instruction. Bernard de Montréal inclut sa propre personne dans cette question : son instruction doit conduire à l’autonomie, et l’attachement de ses auditeurs à sa présence est aussi une forme dont ils devront se libérer. Le discernement devient tout aussi nécessaire dans les contacts avec les intelligences venues d’autres systèmes. Comprendre les raisons de ces contacts doit permettre à l’homme de diriger l’évolution terrestre sans subir l’influence de ces êtres.
Thèmes abordés
- Le discernement au-delà de l'information reçue et de la rationalisation
- La centricité, l'intuition et le savoir intérieur
- La colère, sa transmission et la mentalisation de l'énergie
- Le choc vibratoire et l'action sans réaction émotive
- La protection, la volonté et la transformation des situations concrètes
- Les croyances, les pensées-formes et la liberté à l'égard des formes
- Les expériences occultes, la mémoire et les dangers de l'interprétation
- La lumière et la fonction des formes dans les contacts avec l'invisible
- La domination des maîtres et l'autonomie face à l'instruction
- La fusion avec l'ajusteur de pensée et la fin de la domination
- L'évolution terrestre et les contacts avec d'autres intelligences
- Les systèmes de pouvoir, la scientologie et l'interprétation de l'occulte
- Les connaissances scientifiques, les formes nouvelles et l'action sur la nature
Les enregistrements de la 6e mini rencontre
Avant d’aborder l’analyse de la journée, cette vue d’ensemble permet d’en découvrir les différents enregistrements et leur contenu. Cliquez sur une vignette pour afficher sa présentation et accéder à la Mini Rencontre correspondante.

MR-028

MR-028

MR-029

MR-029

MR-030

MR-030

MR-031

MR-031

MR-032

MR-032
Discerner, c’est être éclairé sans être gouverné.
1. Le discernement au-delà de l’information et de la logique
1.1 - Recevoir une information ne suffit pas à discerner
Une information reçue des intelligences de l’invisible peut orienter une décision, mais son origine ne garantit pas qu’elle corresponde à ce que l’homme doit faire. Tant qu’il lui faut obtenir une réponse pour savoir comment agir, il reste dépendant de celui qui la lui fournit. Il dispose d’une information sans avoir nécessairement le discernement qui lui permettrait d’en reconnaître la justesse.
Dans MR-028, Bernard de Montréal aborde ce problème jusque dans le contact avec le supramental. L’ego peut accorder sa confiance aux intelligences avec lesquelles il communique et se laisser tromper par leurs indications. Les chocs qui résultent de cette confiance peuvent alors l’amener à ne plus s’en remettre systématiquement à ces êtres. Le discernement se développe à travers ces expériences, lorsque l’homme commence à exercer sa propre intelligence dans le contact au lieu d'attendre qu'une intelligence extérieure décide pour lui.
« Le discernement c’est le pouvoir d’axer ton intelligence à leur intelligence. » — MR-028
L’information reçue ne représente donc qu’une partie du rapport avec ces intelligences. L’homme doit apprendre à se vérifier intérieurement, par son intuition et sa propre intelligence. Bernard de Montréal relie cette capacité à la centricité : plus l’homme est centrique, moins il risque de se laisser entraîner par ce qui vient de l’extérieur ou d’être pris au dépourvu par sa naïveté.
Son rapport avec les intelligences de l’invisible change alors de nature. À mesure que sa vibration s’ajuste, il peut reconnaître directement la justesse d’une information et se fier à ce qu’il sait. Il n’a plus besoin de croire une réponse extérieure pour déterminer ce qu’il doit faire. Le contact demeure, mais l’homme peut désormais discerner et agir sans chercher constamment une confirmation auprès de ces intelligences.
Une réponse juste ne nous donne pas nécessairement le discernement.
1.2 - La logique, le savoir et le moment de l’action
La rationalisation peut servir à justifier une décision, puis tout aussi bien la décision contraire. Une explication paraît cohérente, une autre aussi, et l’homme peut continuer à raisonner sans parvenir à savoir ce qu’il doit faire. Dans MR-028, Bernard de Montréal insiste sur cette capacité de l’intellect à rationaliser n’importe quoi. Lorsque le mental est relié au supramental, l’intelligence peut indiquer comment agir par la vibration, sans qu’une réponse verbale soit nécessaire.
L’intellect conserve sa fonction d’outil.
« On a une autre intelligence, on n’a pas seulement un intellect, l’intellect c’est un outil, c’est un mécanisme. » — MR–028
Cette autre intelligence doit nourrir l’intellect pour qu’il fonctionne de façon plus harmonieuse. Il devient un obstacle lorsqu’il bloque l’accès au supramental et ramène tout à la rationalisation. Mais le discernement ne concerne pas uniquement ce qu’il y a à faire. Il concerne aussi le moment où agir. Lorsqu’un participant demande comment savoir quand faire l’amour, Bernard de Montréal lui répond que c’est une question de discernement. Il ne suffit donc pas de savoir ce qu’il y a à faire : encore faut-il reconnaître le moment où l’action est juste.
Dans MR-031, Bernard de Montréal revient sur une formule découverte dans un livre : les anges sont des pensées. Il la trouve particulièrement intuitive, mais quelque chose lui échappe et il interroge son contact invisible. La réponse lui permet de distinguer les intelligences, l’énergie qu’elles manipulent et la pensée que cette énergie produit dans le système psychique humain. Les intelligences ne sont donc pas les pensées qui apparaissent chez l’homme. Confondre les deux revient à prendre l’effet de leur activité pour les êtres eux-mêmes.
Donc une formule peut sembler juste, apporter un éclairage nouveau et devenir pourtant une limite lorsqu’on lui accorde une valeur absolue. Affirmer que les anges sont des pensées revient ici à réduire la compréhension de ces intelligences à ce qu’elles produisent dans le mental humain. Le discernement permet d’aller au-delà de cette première compréhension, même lorsqu’elle repose sur une intuition remarquable.
Les « pensées impossibles » sont des pensées qui ne se pensent pas et qui sont vibration. L’intellect ne peut donc pas, à partir de ses propres constructions, définir les limites de ce qui peut être connu. Par la vibration, l’homme peut accéder à une pensée qui ne provient pas de son raisonnement et développer la capacité de créer sa propre pensée, au lieu de subir celles qui lui viennent.
1.3 - Pouvoir questionner ce qui se présente comme vrai
L’homme peut faire des expériences sur d’autres plans sans nécessairement comprendre les forces avec lesquelles il travaille ni les raisons qui les font agir (MR-032). Le récit de ces expériences peut ensuite retenir ceux qui le lisent ou l’écoutent et leur faire dépenser beaucoup d’énergie. Le caractère occulte d’une expérience ne donne donc aucune garantie sur la compréhension que l’homme en a.
Pour ne pas subir l’influence de ce qui se présente à lui, l’homme doit développer sa capacité à tout interroger, y compris les intelligences de l’invisible :
« Vous devez en arriver à pouvoir questionner n’importe quoi. C’est vibratoire ça, pouvoir questionner n’importe quoi. » — MR–032
Ce pouvoir est encore peu développé chez l’homme. Pour pouvoir questionner, il faut d’abord savoir que cette possibilité existe, et ce savoir est lié à la vibration (MR-032). Même les intelligences qui se présentent comme de grands maîtres peuvent être interrogées. Leur puissance ne doit pas empêcher l’homme de chercher à comprendre les raisons de leurs actions.
Mais ce pouvoir de questionner ne s’acquiert pas par la seule rationalisation. L’intellect peut construire des explications cohérentes qui conduisent à des conclusions opposées, sans que l’homme sache pour autant ce qui est juste (MR-028). Le véritable pouvoir de questionner repose sur le savoir, sur cette certitude intérieure qu’un participant exprime par les mots « sûr d’être sûr » (MR-032). Lorsque l’homme sait, il n’a plus besoin de s’en remettre à l’autorité de l’être qui se trouve devant lui. Il peut l’interroger sans être impressionné par sa puissance ou son statut. C’est ainsi qu’il peut mettre fin à sa soumission aux maîtres.
2. La colère : mentaliser l’énergie et agir
2.1. - Comprendre le mécanisme de la colère pour ne plus le subir
Il suffit parfois de rencontrer une personne en colère pour se retrouver soi-même entraîné dans une dispute dont on n’est pourtant pas à l’origine. La colère peut ainsi se communiquer d’une personne à l’autre, jusqu’à nous faire perdre notre propre énergie.
Une personne peut arriver devant nous déjà chargée d’une colère provoquée par un événement antérieur. Il suffit alors d’une parole, d’un désaccord ou d’une contrariété pour que cette colère trouve à s’exprimer. Si nous réagissons à notre tour, nous entrons dans son état d’esprit et alimentons une situation qui, au départ, ne nous appartenait pas. La colère de l’un provoque celle de l’autre, et chacun contribue à renforcer l’énergie de la forme qui entretient le conflit (MR-029).
Le mécanisme est particulièrement difficile à reconnaître lorsque nous avons raison. Face à quelqu’un qui se trompe manifestement ou qui se montre injuste, l’ego trouve parfaitement légitime de se défendre, de protester ou de remettre l’autre à sa place. Pourtant, même lorsque cette réaction paraît justifiée, elle nous fait perdre notre neutralité. Nous devenons prisonniers de la situation au même titre que celui qui l’a provoquée.
C’est ici qu’intervient ce que Bernard de Montréal appelle l’humilité intérieure. Il ne s’agit pas de donner raison à l’autre, de subir son comportement ou de renoncer à agir, mais de ne plus permettre à son agitation de déterminer notre propre état.
« Mentaliser l’énergie, c’est ne pas se prendre au sérieux dans une situation. » — MR-029
Cette phrase prend tout son sens lorsqu’on comprend ce que signifie « se prendre au sérieux ». L’ego accorde beaucoup d’importance à ce qui le concerne personnellement. Il se sent attaqué, offensé, contrarié, et réagit à partir de cette implication émotive.
Mentaliser l’énergie consiste à sortir de cette réaction pour regarder objectivement ce qui se passe. La situation persiste, mais elle ne nous entraîne plus de la même manière. Il s’agit de regarder ce qui se passe objectivement, sans y être impliqué émotivement. L’insulte est un exemple d’implication : si elle provoque une réaction intérieure, l’ego est pris dans la forme du mot. En répondant à l’insulte par la colère, on renforce le conflit : l’agitation de l’autre provoque notre réaction, et notre réaction augmente à son tour l’énergie de la forme dans laquelle il est pris.
Bernard de Montréal en donne un exemple très concret avec un marchand de bois. Un retard de paiement a amené cet homme à croire qu’il s’était fait avoir. Furieux, il menace de revenir reprendre le bois livré. Lorsque le marchand reçoit finalement le chèque, Bernard ne cherche pas à lui démontrer qu’il a eu tort de s’emporter. Il reconnaît au contraire les raisons de son inquiétude et lui parle d’un autre travail qu’il pourrait lui confier. En quelques instants, la relation change de registre : le marchand de bois n’a plus devant lui quelqu’un contre qui entretenir sa colère, il retrouve un interlocuteur avec lequel une relation constructive demeure possible. Ce qui a changé, ce n’est pas nécessairement l’opinion de chacun sur les événements, mais la manière dont l’énergie circule entre les deux hommes. La réaction émotive a cessé d’alimenter le conflit. Bernard de Montréal parle alors du rétablissement d’un équilibre vibratoire dans la relation.
Mentaliser permet de parler à l’autre à partir du mental et de changer la vibration de la relation. Celui qui est incité à la colère peut alors comprendre que l’agitation de son interlocuteur ne le concerne pas nécessairement. Il peut lui répondre en respectant la qualité de son esprit, sans alimenter ce qui l’a enflammé.
Le rétablissement d’un équilibre vibratoire entre les deux personnes dépend de cette possibilité de neutraliser sa propre émotivité.
2.2 - Le choc vibratoire et la neutralité dans l’action
Ne pas réagir à la colère de l’autre ne signifie pas qu’il faille rester passif. Il existe une distinction importante entre se fâcher et produire un choc vibratoire (MR-029).
Extérieurement, les deux phénomènes peuvent présenter certaines ressemblances. Une personne peut élever la voix, manifester une grande fermeté ou intervenir brusquement dans une situation. Pourtant, l’intensité de son comportement ne nous renseigne pas sur la nature de l’énergie qui l’anime.
Dans la colère ordinaire, l’ego réagit à ce qu’il subit. Il est affecté par les paroles, les gestes ou les circonstances extérieures, et cette influence déclenche une réponse émotionnelle. L’homme peut alors avoir le sentiment d’agir avec force, alors qu’il est juste dominé par ce qui a provoqué sa réaction.
A contrario, le choc vibratoire ne prend pas naissance dans l’émotion de l’ego, mais dans une énergie qui passe à travers l’homme et agit sur la vibration de la personne ou de la situation.
« mais ce n’est pas toi qui crée le choc, tu es simplement un canal pour le choc. » — MR-029
Cette énergie appartient au rapport entre l’homme et les forces de l’invisible. Ce sont elles qui la font passer et qui peuvent aussi l’arrêter. C'est une vibration qui traverse le mental, l’émotionnel et le corps physique ; lorsqu’elle passe, elle peut neutraliser une situation, l’arrêter ou en changer les vibrations. Mais il ne suffit pas de décider d’être ferme, de parler plus fort ou de provoquer une confrontation pour que l’énergie agisse. L’homme ne dispose donc pas de ce choc comme d’un moyen qu’il pourrait employer à sa convenance.
Les exemples de confrontation rendent sensible la différence avec une réaction ordinaire. La peur peut disparaître au moment où cette vibration passe, et une action devient possible même chez un homme physiquement moins fort que son adversaire. Mais Bernard évoque aussi des passages d’énergie mêlés à une forte émotivité, qui débalancent les corps. Une réaction violente peut aussi venir d’un passage d’énergie troublé par une forte émotivité. Sa violence ne permet donc pas de conclure que l’homme laisse passer un choc vibratoire sans y mêler sa propre colère.
L’énergie peut ainsi traverser les corps et produire un effet immédiat sur une situation. Elle peut neutraliser une opposition, arrêter un comportement ou changer les conditions d’une confrontation. C'est pourquoi Il faut distinguer la violence d’une réaction émotionnelle, de la puissance d’une action qui vient du mental. Une personne peut être très agitée, perdre le contrôle d’elle-même et manifester une grande violence sans qu’il y ait pour autant de choc vibratoire conscient. L’intensité apparente ne permet pas de faire la différence.
Où se situe cette énergie ? Un participant demande ce qui se produit lorsqu’on ferme le poing, un autre parle d'une sensation d'une énergie qui monte dans le corps, qu'il oppose à la descente de la vibration supramentale. Mais cette opposition entre montée et descente introduit une dualité dans la compréhension du phénomène. L’énergie peut se situer dans le mental ou dans le corps émotionnel, selon l’endroit où elle vibre davantage. La direction dans laquelle elle semble se déplacer ne permet donc pas, à elle seule, d’en déterminer la nature. L’homme fonctionne déjà avec une énergie que les forces de l’invisible peuvent activer à partir du niveau où cette énergie vibre le plus, dans le mental ou dans le corps émotionnel ; le sens dans lequel elle semble circuler ne décrit cependant pas son origine.
Ces notions ramènent à la place de l’ego dans l’action : tant qu'il cherche à produire un effet à partir de sa volonté personnelle, il reste dans son mouvement egoïque. Lorsque la vibration passe, l’homme permet à cette énergie d’agir sans chercher à la fabriquer ou à se l’approprier.
La question du contrôle de l’énergie revient lorsqu’un participant évoque un yogi capable de rester immobile pendant des heures. Bernard de Montréal reconnaît que cette aptitude peut être acquise par l’entraînement, mais explique aussi le danger d’un entraînement entrepris pour des raisons égoïques. Les énergies traversent des corps qui ne sont pas nécessairement ajustés à leur passage ; lorsqu’elles se canalisent mal, ces corps en souffrent. Cet entraînement agit sur certains centres et peut déséquilibrer le corps éthérique, jusqu’à évoquer des yogis avec lesquels il n’est plus possible de soutenir un échange. La capacité de contrôler l’énergie ne suffit donc pas à garantir que son passage soit bien supporté. Un tel entraînement peut développer une aptitude tout en provoquant un déséquilibre. Le but de l’évolution est de pouvoir vivre de ces énergies et s’en servir pour créer.
Le choc dépend de ce passage de la vibration et de la liberté émotionnelle qui permet de la laisser agir. Vouloir provoquer une confrontation ou manifester de la force ne donne pas à l’ego le pouvoir de produire cette énergie. Être neutre, c’est ne plus être entraîné émotivement par la situation. L’homme peut alors parler à l’autre sans reprendre sa colère. Si un choc vibratoire se produit, cette liberté émotionnelle lui permet de laisser passer l’énergie, au lieu de répondre sous l’effet de sa propre colère.
Ce n'est pas parce qu'on frappe fort qu'on agit en conscience.
2.3 - Apprendre à se protéger sans s’enfermer dans la défense
Au fil de ses expériences, l’homme apprend aussi à se protéger des influences extérieures (MR-028).
Lorsqu’une personne s’est longtemps laissée influencer, manipuler ou imposer des situations qu’elle ne voulait pas, elle peut progressivement construire une carapace. Cette protection lui permet de ne plus subir aussi facilement les pressions extérieures et représente alors une étape nécessaire dans la construction de son autonomie.
Mais une carapace peut aussi devenir une nouvelle forme de conditionnement si elle reste constamment fermée. À force de se protéger, l’homme risque de répondre de la même manière à toutes les situations, sans tenir compte de leur nature ou de leur origine.
« L’étape après, c’est que tu as ta carapace, mais tu t’en sers toujours créativement. » — MR-028
La question n’est donc pas de savoir se défendre, mais de reconnaître quand cette défense est nécessaire. Certaines personnes ou certaines circonstances demandent une fermeture immédiate. D’autres permettent au contraire une ouverture, un échange ou une relation qui ne présente aucun danger pour notre équilibre. La protection devient créative lorsqu’elle cesse d’être automatique. L’homme peut alors laisser passer ce qui a sa place dans sa vie et fermer l’accès à ce qui chercherait à s’imposer contre sa volonté.
Cette capacité est liée à la centricité et permet notamment de comprendre la différence entre être bon et être « bonnasse ». Une personne peut être profondément bonne et néanmoins incapable d’empêcher les autres de profiter d’elle. Sa bonté devient alors une faiblesse exploitable, parce qu’elle ne sait pas poser les limites nécessaires. Être centrique permet de sortir de cette contradiction : la bonté n’oblige pas à tout accepter, de la même façon que la fermeté n’exige pas de devenir dur ou agressif. L’homme peut refuser une situation sans avoir besoin de se justifier émotionnellement, et conserver son ouverture lorsque rien ne nécessite qu’il se protège.
Un autre aspect est à considérer : une personne qui a longtemps vécu dans la soumission peut finir par éprouver une colère dirigée contre sa propre incapacité à agir (MR-028). Cette tension peut provoquer une crise, un défoulement qui marque la rupture avec son ancienne attitude. La colère se produit alors dans un processus particulier : celui d’un individu qui commence à refuser ce qu’il acceptait auparavant. Ce mouvement a ses limites : le défoulement peut permettre de sortir d’une soumission, sans constituer pour autant l’état dans lequel l’homme doit demeurer. Mais cette phase peut ensuite prendre fin et laisser place à une action créative, qui se produit en vibration, au moment opportun (MR-028).
Il importe cependant de distinguer la colère qui accompagne la rupture avec une situation de soumission, du choc vibratoire qui agit à travers l’homme. Ces deux phénomènes ne font pas appel au même mécanisme (MR-028 et MR-029). La colère peut intervenir dans le processus par lequel l’homme commence à se libérer d’une soumission, sans être pour autant nécessaire à l’action. Elle ne doit pas non plus être confondue avec le choc vibratoire, qui ne prend pas naissance dans la réaction émotive de l’ego. Il s’agit d’aspects différents de l’expérience humaine qui ne permettent pas d’en déduire une règle selon laquelle la colère serait toujours soit inutile, soit nécessaire pour agir.
Une carapace qui ne s'ouvre plus finit par devenir une prison.
2.4 - Quand mentaliser ne suffit plus : changer la situation elle-même
Il existe cependant des circonstances dans lesquelles notre capacité à neutraliser une réaction émotionnelle ne suffit pas à résoudre le problème. Nous pouvons retrouver momentanément notre calme, comprendre le mécanisme qui nous affecte et cesser de l’alimenter, tout en demeurant exposés à la situation qui le provoque.
Bernard de Montréal prend l’exemple d’un chauffeur de taxi soumis à des conditions de travail particulièrement stressantes, dans le cadre d’un échange sur les ulcères (MR-028). Tant que cet homme demeure exposé à ce qui entretient sa tension, il ne peut pas régler durablement son problème en se contentant de mentaliser l’énergie. Il doit aussi intervenir sur les conditions de travail qui le font souffrir.

On retrouve le même mécanisme dans l’exemple des créanciers. Une personne peut parvenir à neutraliser l’inquiétude provoquée par ses difficultés financières, mais lorsqu’un nouveau courrier arrive ou qu’un créancier téléphone, la tension se réactive. Le problème matériel est toujours là et continue d’exercer son influence.
« il y a des situations, quand bien même que tu mentalises, elles vont revenir pareil. » — MR-028
Mentaliser permet de ne plus être dominé par la réaction émotionnelle, mais cela ne fait pas nécessairement disparaître les circonstances qui l’ont provoquée. Donc lorsque la situation elle-même entretient continuellement la tension, l’action doit porter sur sa cause concrète : il peut devenir nécessaire de modifier ses conditions de travail, de rompre une relation ou de prendre une décision matérielle qui mettra fin à la répétition du problème.
C’est à ce niveau qu’intervient la volonté. L’homme ne reste plus prisonnier d’un effort permanent pour supporter ou neutraliser ce qui le fait souffrir : il agit sur les conditions qui entretiennent cette souffrance. Et la différence est considérable. Dans un cas, toute l’énergie est consacrée à résister aux effets d’une situation qui continue de se reproduire. Dans l’autre, elle peut être employée à transformer les conditions qui permettent à cette situation de se maintenir.
La neutralité, la protection et l’action interviennent à des niveaux distincts. Il peut s’agir de ne pas reprendre la colère d’autrui, de laisser passer une énergie capable de produire un choc, de fermer l’accès à une influence indésirable ou de changer concrètement ses conditions de vie.
Le discernement consiste donc à reconnaître ce qui se joue dans chaque situation, sans répondre systématiquement par la colère, la défense ou la passivité. C’est ainsi que l’homme peut progressivement cesser de subir les circonstances extérieures et retrouver sa liberté d’action.
On peut maîtriser sa réaction et rester prisonnier de la situation.
3. Être libre des formes sans abolir toute forme
3.1 - Les croyances et les représentations qui orientent l’homme
Être libre des formes ne signifie pas qu’il faille toutes les détruire.
Une croyance, une idée ou une représentation peut continuer d’exister sans exercer d’influence sur celui qui la rencontre. L’homme n’a alors besoin ni d’y adhérer ni de la combattre pour préserver sa liberté. Cette explication fait suite à la question d’un participant qui demande s’il est nécessaire d’éliminer les formes pour parvenir à fonctionner sans être influencé par elles (MR-030).
Pour illustrer, Bernard de Montréal prend l’exemple d’un témoin de Jéhovah qu’il pourrait recevoir chez lui. Il peut parfaitement l’écouter parler de ses croyances, discuter avec lui et le laisser repartir sans chercher à le convaincre de son erreur. Son interlocuteur a eu le plaisir de s’exprimer, la rencontre s’est déroulée normalement et chacun peut poursuivre son chemin.
Ce qui rend cette relation possible, c’est la liberté à l’égard de ce qui est exprimé. Celui qui écoute n’a rien à défendre et n’éprouve aucune nécessité de transformer son interlocuteur. Il peut entendre une croyance sans la faire sienne, sans chercher à la réfuter et sans que sa propre tranquillité en soit affectée. La forme demeure présente dans la conversation, mais elle ne dirige plus la relation.
Il faut donc distinguer la liberté à l’égard des formes de la destruction de ces mêmes formes.
Quelles formes éliminer ? La réponse est limpide :
« Les formes qui retardent la compréhension de votre esprit » — MR-030
Autrement dit, c’est leur influence sur la compréhension par l’esprit qui est déterminante. Une forme représente donc un obstacle lorsqu’elle retient l’homme dans une manière de penser qui l’empêche d’accéder à une intelligence plus libre. Mais tant qu’une croyance ne le conditionne pas, son existence ne lui impose ni de la combattre ni de chercher à la faire disparaître chez autrui.
Ce sujet concerne aussi l’activité de la pensée elle-même : l’homme peut être retenu dans les formes par son propre besoin de comprendre, même lorsqu’il cherche sincèrement à accéder à une connaissance plus grande. Une première explication suscite une nouvelle question, qui appelle à son tour une autre réponse. La curiosité relance la réflexion et la parole, tandis que la compréhension recherchée semble toujours demander une précision supplémentaire…
Il est facile de reconnaître ce mécanisme lorsqu’une question nous préoccupe. Nous pouvons avoir le sentiment de progresser parce que nous multiplions les explications, alors que cette activité entretient surtout le besoin de poursuivre la recherche. Chaque réponse apporte quelque chose, mais elle peut aussi devenir le point de départ d’une nouvelle interrogation. La pensée continue ainsi de s’alimenter elle-même, sans nécessairement conduire au savoir.
L’énergie stimule alors les pensées-formes du mental inférieur, et cette activité peut devenir épuisante (MR-030). La parole peut éclaircir une situation, permettre de formuler une compréhension ou de résoudre un problème. Mais elle peut aussi entretenir indéfiniment une curiosité philosophique qui mobilise l’énergie sans permettre à l’homme de sortir du fonctionnement intellectuel dans lequel il se trouve.
C’est dans ce contexte qu’intervient la notion de vide supramental, un réservoir d’énergie qui alimente le mental inférieur, en dehors des polarités du bien et du mal, du spirituel et du non-spirituel. La présence de ce vide ne veut pas dire que l’homme doive renoncer à penser ou à parler ; il permet de comprendre un autre rapport à la pensée, dans lequel l’activité intellectuelle et le besoin d’explication ne constituent plus le point de départ de la compréhension.
Certains participants évoquent ainsi des moments où une idée disparaît brusquement, ou encore des interruptions de leur parole. Ces phénomènes sont rattachés au travail de préparation des corps. Les arrêts de l’activité mentale permettent notamment le repos, alors qu’une stimulation continuelle de la pensée et de la parole peut entretenir une énergie qui empêche de dormir, ce qui est préjudiciable car les ajustements des corps se produisent pendant le sommeil.
Il ne s’agit donc pas de chercher volontairement à faire le vide, ni de s’interdire de penser ou de parler. Il s’agit du rapport que l’homme entretient avec les formes présentes dans son esprit. Tant qu’elles orientent sa pensée, mobilisent son énergie ou entretiennent son besoin de comprendre, elles peuvent faire obstacle à son autonomie. En devenant libre de leur influence, il peut continuer à utiliser la pensée et la parole sans rester prisonnier de leur activité.
3.2 - L’expérience et ce que l’intellect en fait
Quand l’expérience est interprétée à travers l’imagination
Les mystères de l’occulte et des civilisations anciennes peuvent exercer une véritable fascination sur l’esprit. Certaines descriptions captivent l’imagination et donnent le sentiment d’approcher des réalités cachées. Mais l’intérêt suscité par ces récits ne garantit pas que nous comprenions réellement ce qu’ils décrivent. L’intellect peut s’emparer d’une information, l’interpréter à partir de ce qu’il connaît déjà et construire une représentation qui finit par prendre la place de la réalité recherchée (MR-031).
Ce mécanisme apparaît notamment dans les expériences effectuées sur d’autres plans. Une personne peut explorer des lieux dans l’astral, parcourir des couloirs et conserver une impression de réalité particulièrement intense. Lorsqu’elle raconte son expérience, elle peut être amenée à croire que ces lieux existent aussi dans la matière, aux endroits où elle les a perçus. Celui qui écoute ou lit ce récit risque alors de reprendre cette interprétation à son compte. Il imagine à son tour les lieux décrits et peut chercher à les retrouver physiquement, en supposant qu’il existe une correspondance directe entre les deux plans.
Or, la réalité d’une expérience astrale ne garantit pas l’existence de ce qui a été perçu au même endroit sur le plan matériel. L’astral n’est pas l’éthérique, qui, lui, permet une coordination avec l’activité matérielle (MR-031). Cette distinction n’autorise pas pour autant à établir une correspondance systématique entre les expériences vécues sur les différents plans. L’impression de réalité ne suffit donc pas à identifier le plan concerné ni ce qui peut lui correspondre dans la matière.
Cette confusion peut naître de l’intervention de l’intellect dans la compréhension de ces expériences : il permet à l’homme de chercher à comprendre ce qu’il a vécu, mais les formes de l’imagination peuvent aussi colorer cette compréhension (MR-032). Nous cherchons alors à saisir une réalité nouvelle avec ce que nous sommes déjà capables de penser ou d’imaginer. L’expérience peut être réelle pour celui qui la vit, tandis que l’interprétation qu’il en donne reste limitée par ses propres représentations.
La mémoire intervient ensuite dans la construction de cette histoire. Elle permet de conserver des éléments de l’expérience, de les organiser et de leur donner une continuité. Mais cette reconstruction ne garantit pas que l’homme possède le savoir de ce qu’il a vécu. Il peut raconter une expérience sans nécessairement comprendre les forces qui sont intervenues ni les raisons de leur action. Le rapport à la mémoire change cependant selon la nature de l’expérience. Dans le cas de l’éthérique, le souvenir n’est pas conservé à volonté.
« la conservation de la mémoire est totalement sujette à la discrétion du savoir » — MR-031
L’homme ne dispose donc pas librement de ce qu’il pourra conserver et rapporter de son expérience. Bernard de Montréal évoque une expérience vibratoire dont il ne garde aucune mémoire (MR-032). Mais l’absence de souvenir n’est pas, à elle seule, une preuve permettant d’identifier la nature d’une expérience. Il faut distinguer les conditions particulières décrites dans ces échanges d’un critère général qui permettrait de classer tout ce que l’homme peut ressentir sur les autres plans.
La question du discernement se retrouve dans le rapport aux connaissances occultes transmises par les ouvrages anciens. Bernard de Montréal reconnaît dans l’hermétisme une intuition et une fonction de transmission de connaissances anciennes. Ces ouvrages ont pu contribuer à préserver et à transmettre des connaissances occultes, mais leur « richesse » ne garantit pas que tout ce qu’ils contiennent soit juste ou favorable à l’évolution de celui qui les étudie (MR-031).
L’intérêt de ces connaissances doit donc être différencié de l’influence qu’elles peuvent exercer sur le lecteur. Des éléments de nature différente peuvent se trouver réunis dans un même ouvrage, et l’appréciation de leur mélange demande du discernement : il ne suffit pas qu’une information soit ancienne, mystérieuse ou issue d’une tradition occulte pour lui reconnaître une valeur particulière.
Le discernement ne consiste donc pas à rejeter indistinctement les connaissances occultes, pas plus qu’à les accepter en raison de leur ancienneté ou de leur caractère mystérieux. L’expérience, son souvenir, le récit qui en est fait et les connaissances qui en découlent doivent pouvoir être distingués. La fascination intellectuelle et l’imagination peuvent enrichir considérablement les représentations de l’homme sans lui donner pour autant le savoir de ce qu’il cherche à comprendre.
Si la croyance d'un autre vous met en colère, elle a encore prise sur vous.
3.3 - La lumière qui prend forme
Toutes les formes n’ont pas pour fonction de limiter la compréhension. Certaines permettent au contraire d’identifier une réalité avec laquelle l’homme entre en contact. C’est notamment le cas des êtres de lumière avec lesquels Bernard de Montréal décrit ses relations (MR-031).
Une lumière peut se manifester comme une intelligence capable de communiquer, sans pour autant permettre d’identifier l’être dont elle provient. Bernard de Montréal explique qu’en présence de cette lumière sans forme, il serait absorbé par elle et ne pourrait plus fonctionner dans la relation. Pour que le contact puisse s’établir dans les conditions où il se trouve, ces êtres prennent donc une forme.
La forme intervient comme un moyen d’identification. Elle permet de reconnaître un être, de le distinguer d’un autre et de se situer dans le contact. Sa fonction est donc très différente de celle d’une croyance ou d’une pensée-forme qui limite la compréhension. Dans un cas, la forme peut devenir une représentation dont l’homme dépend ; dans l’autre, elle lui permet de reconnaître ce qui se manifeste à lui.
Mais pouvoir identifier un être ne signifie pas nécessairement que celui-ci possède une identité comparable à celle de l’homme. Bernard de Montréal qualifie ces êtres de prépersonnels, parce qu’ils n’ont ni mental ni émotion. Lorsqu’un participant lui demande s’ils ont une conscience, il répond qu’ils n’en ont pas : ils sont de la lumière.
La distinction est importante pour comprendre la nature de ces intelligences. La lumière dont il parle est intelligente, mais les notions de conscience, d’intelligence et de lumière ne peuvent pas être considérées comme des équivalents. De la même manière, la forme prise par ces êtres permet de les identifier sans leur attribuer pour autant la constitution mentale et émotionnelle d’une personne humaine. L’être devient reconnaissable pour celui qui le perçoit, sans que cette reconnaissance implique une identité personnelle semblable à la sienne.
La nécessité de cette forme dépend aussi des conditions dans lesquelles la relation s’établit. Bernard de Montréal explique qu’il est lui-même dans une forme, ce qui intervient dans ses rapports avec ces intelligences. Un participant lui fait alors remarquer que, lorsqu’il ne sera plus dans la forme, il n’aura plus besoin de cette médiation. Bernard de Montréal confirme cette observation.
La forme répond donc ici à une nécessité liée à la relation entre deux conditions d’existence. Elle permet le contact tant que celui qui perçoit en a besoin pour identifier l’être avec lequel il communique. Cette nécessité n’est cependant pas absolue : elle dépend de la condition dans laquelle se trouve celui qui entre en relation.
Cette fonction permet de mieux comprendre pourquoi la liberté à l’égard des formes ne suppose pas leur disparition générale. Les formes qui retiennent l’homme dans ses croyances ou empêchent sa compréhension doivent être distinguées de celles qui rendent possible une identification ou une activité.
La création de formes nouvelles pour le bien-être de la civilisation, évoquée dans MR-032, est une continuité. Il ne s’agit plus de se libérer d’une représentation qui conditionne l’esprit, mais de pouvoir créer des formes nouvelles.
Une forme peut donc enfermer la compréhension, permettre d’identifier un être ou servir à une activité créatrice. Ce qui importe, c’est sa fonction et le rapport que l’homme entretient avec elle. Être libre des formes ne signifie pas qu’il faille supprimer toute forme, mais ne plus être dominé par celles qui limitent la compréhension. Cette liberté laisse entière la possibilité d’utiliser ou de créer des formes lorsqu’elles ont une fonction.
4. L’autonomie face à l’invisible, aux maîtres et à l’instruction
4.1 - Le contact avec l’invisible ne garantit pas l’autonomie
Entrer en relation avec des intelligences sur d’autres plans, recevoir des informations ou développer certaines facultés ne signifie pas que l’homme ait atteint un niveau de conscience supérieur. Ces expériences peuvent au contraire s’accompagner d’une dépendance à l’égard des êtres rencontrés, même lorsque ceux-ci appartiennent à des plans très élevés.
Certaines personnes travaillent sur d’autres plans, accomplissent les tâches demandées par des intelligences et reviennent de leurs expériences complètement épuisées (MR-032). Elles ont accès à des réalités qui échappent à la perception ordinaire, mais leur activité demeure sous le contrôle d’êtres extérieurs. Elles exécutent ce qui leur est demandé sans nécessairement disposer de l’autonomie qui leur permettrait de fonctionner à partir de leur propre intelligence.
Le problème devient plus difficile à reconnaître lorsque ces êtres se présentent comme de grands maîtres. Leur puissance et leur position sur des plans supérieurs peuvent impressionner l’homme, qui voit alors dans cette relation un privilège ou la possibilité d'accéder à une connaissance supérieure. Pourtant, certains de ces êtres sont des egos qui exercent, depuis leur plan, un contrôle sur l’activité psychique des hommes avec lesquels ils entrent en contact. Cette domination peut exister jusque dans les expériences spirituelles impliquant de très hautes entités (MR-032).
L’homme peut ainsi confondre la puissance de l’être avec lequel il communique et son propre degré de conscience. Il reçoit des informations, accomplit des tâches ou participe à des expériences extraordinaires, mais tant qu’il demeure soumis aux directives d’une intelligence extérieure, il ne peut pas être considéré comme autonome. Ce qu’il admire dans le pouvoir de ces êtres peut précisément contribuer à maintenir sa soumission.
Être en relation avec un mental extérieur au mental humain ne signifie pas nécessairement être dans le supramental. Dans l’échange où cette question est abordée, le terme peut désigner un plan mental situé en dehors du mental humain, sans que le contact avec ce plan corresponde à l’état de conscience supramental dont Bernard de Montréal décrit les caractéristiques (MR-031).
Il faut donc distinguer l’origine d’une information, les facultés auxquelles l’homme peut accéder et l’état réel de sa conscience. Le contact avec une intelligence supérieure ne lui transmet pas automatiquement son niveau de conscience, pas plus que l'acquisition d'un pouvoir ne garantit son autonomie.
L’expérience du pouvoir peut d’ailleurs révéler des réactions de l’ego qui persistent malgré le développement de facultés inhabituelles. Bernard de Montréal imagine le cas d’une personne capable de déplacer des livres par une faculté psychique. Après avoir accompli ce geste, elle éprouve intérieurement une vibration d’orgueil devant ce qu’elle vient de réaliser. Le pouvoir peut être interrompu, mais cette réaction demeure, révélant jusqu’à quel point l’ego reste sensible à ce qu’il est capable d’accomplir (MR-032).
La faculté peut donc être réelle sans que l’homme soit libre de la réaction qu’elle provoque en lui : ce qui importe ici, c’est aussi ce qui se produit intérieurement lorsqu’il en prend conscience.. À un participant qui envisage la voyance comme un piège possible, Bernard de Montréal répond que l’épreuve sert précisément à faire réaliser jusqu’à quel point cette vibration d’orgueil subsiste.
L’acquisition d’une faculté ne supprime donc pas forcément les formes auxquelles l’ego est attaché. Il peut disposer momentanément d’un pouvoir extraordinaire tout en continuant à réagir psychologiquement à ce qu’il accomplit. L’expérience devient alors l’occasion de reconnaître une réaction intérieure que la manifestation du pouvoir aurait pu masquer.
L’autonomie ne se mesure donc ni à la quantité d’informations reçues, ni à la puissance des êtres rencontrés, ni aux phénomènes dont l’homme devient capable. Elle dépend de sa capacité à ne plus subir l’autorité d’une intelligence extérieure et à reconnaître les réactions de son propre ego. Le contact peut ouvrir l’accès à d’autres réalités sans libérer celui qui les découvre de ce qui continue à le contrôler.
Un pouvoir extraordinaire ne libère pas de l'orgueil ordinaire.
4.2 - Fusion, préparation et fin de la domination
La fin de la domination exercée par les intelligences extérieures est directement liée à la fusion avec l’ajusteur de pensée. Lorsque l’homme fonctionne dans le savoir, il n’a plus besoin de se soumettre à l’autorité d’un maître pour orienter son évolution.
« Quand vous êtes fusionnés à l’ajusteur de pensée, il n’y a plus de domination ; vous ne pouvez plus être dominés parce que vous êtes dans le savoir. » — MR-032
Cette affirmation permet de comprendre ce qui distingue l’homme qui reçoit des directives d’une intelligence extérieure de celui qui fonctionne dans le savoir. Dans le premier cas, il peut comprendre ce qui lui est demandé, accomplir certaines tâches et même disposer de facultés particulières, mais son activité reste dirigée par un être auquel il est subordonné. Dans le second, il n’a plus besoin qu’un maître lui indique comment évoluer. Son intelligence fonctionne dans un rapport direct avec l’ajusteur de pensée, sans dépendre de l’autorité d’un intermédiaire.
La fusion correspond au contact entre l’ajusteur de pensée et l’âme. Elle se développe avec la conscience et devient totale lors du passage à l’éthérique (MR-032). L’acquisition du pouvoir supramental est aussi décrite comme une descente de l’esprit dans la matière. L’homme devient alors un canal permettant à cette activité de se manifester sur le plan matériel. Il ne s’agit plus de recevoir des pouvoirs sous la direction d’une entité, mais de permettre à l’intelligence de fonctionner en lui sans qu’une autorité extérieure vienne lui dicter son évolution.
Cette transformation demande cependant une préparation progressive. Devenir sensible aux forces invisibles ne signifie pas que l’homme possède immédiatement l’équilibre nécessaire pour travailler avec elles. Il peut recevoir des informations, percevoir des phénomènes inhabituels ou entrer en contact avec certaines intelligences tout en conservant les réactions subjectives et les émotions qui troublaient auparavant son fonctionnement.
La sensibilité nouvelle peut ainsi coexister avec les anciennes réactions de l’ego. L’homme accède à des réalités qu’il ne percevait pas auparavant, mais il continue parfois à les interpréter à partir de ses représentations personnelles. La préparation doit lui permettre de trouver progressivement l’équilibre nécessaire pour ne plus être déstabilisé par ce qu’il reçoit ou expérimente.
Ce travail concerne l’ajustement des corps et demande du temps. Il touche aussi à l’équilibre entre la vie intérieure et les conditions d’existence extérieures. Bernard de Montréal distingue une première phase d’ajustement intérieur, suivie d’un rééquilibrage avec la vie extérieure (MR-032). L’homme doit pouvoir intégrer ce qui se développe dans sa conscience tout en continuant à fonctionner dans les circonstances concrètes de son existence. Une transformation intérieure qui le laisserait incapable de faire face à sa vie quotidienne ne correspondrait pas à cet équilibre.
La fusion peut d’ailleurs devenir totale sans nécessairement se produire sous la forme d’un choc soudain, comme lui-même l’a vécue en 1969. Le processus ne suit donc pas obligatoirement un déroulement spectaculaire ou identique pour chacun. Plusieurs personnes peuvent recevoir la même instruction et bénéficier du travail qui s’accomplit au cours des rencontres sans pour autant atteindre le même plan (MR-032). L’information peut contribuer à la préparation, mais elle ne réalise pas à elle seule les ajustements nécessaires.
La portée de cette autonomie s’étend aussi au rapport que l’homme entretient avec son corps physique et avec la mort. Tant que son expérience demeure concentrée sur les perceptions sensorielles, le corps matériel prend une importance considérable. La perception de l’invisible change ce rapport, car l’homme commence à reconnaître une réalité qui ne se limite plus à ce que ses sens lui permettent d'appréhender (MR-028).
Bernard de Montréal évoque à ce propos la lévitation, les sorties du corps et la possibilité d’y revenir pendant les années où il demeure nécessaire. Le corps physique conserve donc sa fonction, mais il ne représente plus l’unique condition dans laquelle l’homme peut concevoir son existence. Dans ce fonctionnement, la mort perd la signification qu’elle avait lorsque toute l’expérience était concentrée sur le plan matériel.
Là encore, recevoir une information sur l’existence des autres plans ne suffit pas à transformer le rapport au corps et à la mort. C’est le changement réel du fonctionnement de l’homme, à travers le développement de sa conscience et l’ajustement de ses corps, qui lui permet de ne plus dépendre exclusivement de sa condition matérielle.
4.3 - L’orateur comme référence, sans nouvel attachement
L’autonomie à l’égard des intelligences invisibles concerne aussi la relation que les auditeurs entretiennent avec Bernard de Montréal. Recevoir une instruction qui change profondément la compréhension de l’homme peut conduire à accorder une importance particulière à celui qui la transmet. Mais si cette reconnaissance devient un attachement à sa personne, l’auditeur risque de remplacer une dépendance par une autre.
Lorsqu’un participant suppose que sa présence auprès du groupe répond à une volonté d’aider les autres, Bernard de Montréal refuse immédiatement cette interprétation :
« Spiritualisez pas ma personnalité. Je suis là, point final. » — MR-028
Il explique que sa présence correspond à un travail créatif, et que la relation avec ses auditeurs repose sur l’énergie de ce travail. Leur amour psychologique ou spirituel ne doit pas devenir le fondement du lien qui les unit à lui. Autrement, sa personne risque de devenir une nouvelle référence extérieure à laquelle ils s’accrochent, reproduisant ainsi le mécanisme de dépendance qu’il dénonce dans les rapports avec les gourous et les maîtres.
Cela n’enlève rien à l’importance de son intervention. Bernard de Montréal affirme pouvoir conduire ses auditeurs vers l’autonomie, notamment par les chocs produits par sa parole. Il existe cependant une différence entre reconnaître la fonction d’une personne dans sa propre préparation et dépendre d’elle pour savoir ce qu’il faut penser, comprendre ou faire. L’instruction doit permettre à l’homme de développer son intelligence, sans qu’il reste attaché émotivement à celui qui la lui transmet.
Le paiement des rencontres s’inscrit dans ce rapport et répond à une autre forme de dépendance. Bernard de Montréal le présente comme un moyen de détruire le vampirisme dans la relation avec lui (MR-028). Il ne considère pas l’échange uniquement sous son aspect financier, mais à partir d’une loi qui concerne les rapports entre les personnes :
« Vibratoirement, toute action doit être rebalancée. Une action demande toujours un échange, vibratoirement, c'est les lois de l'énergie. Si tu dois quelque chose à quelqu’un, si tu ne lui donnes pas, vibratoirement, il faudra quelque part dans le temps que ce soit rebalancé. » — MR-028
Une action doit donc être rebalancée. Lorsqu’une personne reçoit quelque chose sans qu’un échange correspondant ait lieu, un déséquilibre demeure et devra être rétabli quelque part dans le temps. Cette loi concerne aussi bien une dette matérielle que l’utilisation excessive du temps ou de l’énergie d’autrui. Une personne peut constamment solliciter une autre, lui demander de l’aide, des réponses ou de l’attention, sans tenir compte de ce que cela lui coûte. La relation finit alors par fonctionner à sens unique.
Le paiement introduit une contrepartie concrète à ce que les participants reçoivent au cours des rencontres. Il permet de rétablir un équilibre dans l’échange et d’éviter que la disponibilité de Bernard de Montréal soit considérée comme une ressource dont chacun pourrait disposer librement. Pour autant, cette contrepartie ne signifie pas que l’on puisse acheter le discernement, le savoir ou l’autonomie. L’argent intervient dans l’équilibre de la relation, tandis que la transformation de la conscience demeure un processus individuel. L’argent est ici un outil d’équilibrage.
Cette distinction se retrouve dans la fonction même de l’instruction. Bernard de Montréal sépare ce qu’un homme peut transmettre par la parole, du travail accompli par les forces (MR-032). L’instruction apporte des références, permet de comprendre certains mécanismes et peut provoquer des chocs qui contribuent à détruire les formes. Mais elle ne réalise pas à la place de l’auditeur le travail qui doit s’accomplir dans sa conscience.
De la même manière, il est possible de comprendre intellectuellement une explication sur l’ego, l’âme ou la fusion sans avoir pour autant vécu la transformation correspondante. La connaissance des mécanismes ne suffit pas à produire les ajustements dont elle permet de prendre conscience. Les références reçues ont donc une fonction dans la préparation, mais elles n’en sont pas le socle.
Bernard de Montréal envisage d’ailleurs que d’autres personnes puissent remplir plus tard cette fonction auprès des auditeurs, jusqu’au moment où chacun sera suffisamment fort dans son propre esprit pour ne plus avoir besoin de références extérieures.
Il évoque aussi les cassettes de ses rencontres et l’intuition dont ils pourront disposer après son départ (MR-032). Sa présence physique n’est donc pas indispensable à la poursuite de leur préparation. La transmission de l’instruction reste cependant soumise aux conditions dans lesquelles elle a été donnée. Bernard de Montréal précise notamment que certaines cassettes remises à Bessette sont destinées aux auditeurs concernés. En 1981, époque de cet enregistrement, il demande ainsi qu’elles ne soient ni distribuées ni imprimées à l’extérieur de ce cercle. Cette exigence concerne le respect de la confiance établie avec les participants. Sa rupture constitue pour lui celle d’un lien d’énergie, même si elle ne l’empêche pas nécessairement de continuer à parler aux personnes concernées.
La question de la diffusion rejoint celle de l’interprétation. Lorsqu’il explique pourquoi il ne souhaite pas écrire de livres, Bernard de Montréal évoque le risque qu’une parole insuffisamment comprise produise de nouvelles formes au lieu de contribuer à les détruire (MR-030). Des années plus tard, il écrira pourtant La Genèse du Réel, ayant trouvé finalement une façon d’instruire via l’écriture.
Une explication peut éclairer un mécanisme, mais elle peut aussi être retenue comme une formule à laquelle l’ego s’attache. L’auditeur peut alors construire une nouvelle croyance à partir d’une information qui devait précisément lui permettre de se libérer de ses anciennes représentations. La conservation des paroles ne garantit donc pas leur compréhension, pas plus que leur répétition ne garantit le développement du discernement.
L’instruction demande ainsi un travail que personne ne peut accomplir à la place de celui qui la reçoit. Les rencontres permettent à plusieurs personnes d’entendre les mêmes informations, de poser leurs questions et de bénéficier des échanges. Mais elles ne sont pas pour autant une expérience collective de transformation de la conscience.
« C’est pour ça que tout se fait individuellement, la conscientisation supramentale va se faire par individu, jamais au niveau d’un groupe ou d’une association d’une société, jamais, ça je suis content, ça je suis content, ça va se faire individuellement » — MR-031
Une même information peut être comprise différemment selon la condition intérieure de chacun. Certains auditeurs peuvent reconnaître dans les paroles reçues des mécanismes qu’ils expérimentent déjà, tandis que d’autres restent attachés à des représentations qui les empêchent encore de saisir ce qui est exprimé. Le fait de participer aux mêmes rencontres ne signifie donc pas que tous vivent les mêmes expériences ou parviennent au même état de conscience. La présence d’un groupe peut favoriser les échanges et contribuer à la préparation, mais elle ne remplace pas le travail individuel. L’appartenance à une association, l’écoute répétée des enregistrements ou la connaissance approfondie de l’instruction ne suffisent pas à rendre l’homme autonome.
La fonction de Bernard de Montréal, des personnes qui pourront lui succéder comme références et des supports qui conserveront ses paroles doit donc être comprise à partir de cette finalité.
L’instruction doit permettre à l’homme de devenir suffisamment fort dans son propre esprit pour ne plus dépendre de celui qui la transmet. Autrement, les formes qu’elle a contribué à détruire risquent d’être remplacées par un nouvel attachement, construit cette fois autour de l’instruction elle-même.
Même une instruction destinée à vous libérer peut devenir une nouvelle dépendance.
5. Le discernement et l’autonomie de l’évolution terrestre
5.1 - Discerner les intentions des intelligences venues d’autres systèmes
Face aux intelligences venues d’autres systèmes, le discernement devient indispensable. Ces êtres possèdent une psychologie différente de celle de l’homme et peuvent disposer de capacités considérables dans la manipulation de l’énergie (MR-030). Leur avance leur donne la possibilité d’intervenir dans les affaires terrestres et d’exercer une influence sur l’évolution humaine.
L’homme doit donc apprendre à entrer en relation avec ces intelligences sans leur devenir subordonné. Leur puissance, leur connaissance ou leur capacité à communiquer avec lui ne lui permettent pas nécessairement de comprendre leurs intentions. Pour travailler avec elles, il doit pouvoir connaître les raisons de leur présence, discerner la nature de leurs interventions et déterminer ce qu’elles impliquent pour l’évolution de sa planète.
Cette capacité de discernement relève de la conscience supramentale. Une intelligence extérieure peut transmettre des informations par télépathie, mais cette communication ne garantit pas que l’homme soit libre de l’influence exercée sur lui. Une pensée reçue peut orienter son activité aussi efficacement qu’une parole, d’autant plus qu’il peut être impressionné par l’origine de cette information ou par la puissance de celui qui la transmet.
Le discernement doit lui permettre de reconnaître les intentions qui accompagnent le contact et de comprendre les rapports de forces dans lesquels il se trouve engagé. L’homme doit pouvoir :
« (...) servir à l’évolution de sa planète d’une façon autonome et diriger l’évolution de sa planète en dehors des influences possible de ces êtres-là. » — MR-030
L’humanité doit être capable de prendre en charge sa propre évolution. Le contact avec d’autres civilisations peut lui donner accès à des connaissances et à des possibilités nouvelles, mais il ne doit pas la placer sous la direction d’intelligences extérieures. L’homme doit devenir suffisamment conscient pour travailler avec elles sans que leur avance lui impose une position subalterne.
Cette préparation s’inscrit dans les deux phases de la révélation. La première concerne un nombre limité d’individus qui entrent en contact avec des forces dans des conditions occultes. Ces expériences participent à leur préparation et au développement d’un état d’esprit suffisamment puissant pour qu’ils puissent intervenir lors de la seconde phase.
La seconde phase concerne un contact à l’échelle mondiale, qui provoquera un choc culturel et modifiera profondément les conditions de vie sur Terre (MR-030). Les représentations que les hommes se font de leur place dans l’univers, de leur histoire et de leur évolution seront alors confrontées à des réalités qu’ils ne connaissent pas encore.
C’est alors que la préparation de certains individus prendra toute son importance. Ceux qui auront développé la conscience nécessaire pourront servir de relais et contribuer à orienter les rapports entre l’humanité et les intelligences avec lesquelles elle entrera en contact. Leur rôle sera d’intervenir dans les conditions mêmes de cette relation, bien au-delà de la transmission d’informations sur l’existence de ces êtres.
Dans cette organisation future, des hommes reliés entre eux par télépathie pourront déterminer les limites des incursions d’intelligences extérieures. Ils formeront un gouvernement invisible, relié à un gouvernement mondial physique (MR-030).
Une distinction existe entre la sixième race et les pères de la sixième race. La première demeure encore spirituelle et mentale, tandis que les seconds possèdent une conscience supramentale pure. Ce sont ces derniers qui appartiendront au gouvernement invisible et feront un travail avec les grands initiés.
Les hommes qui participent à l’évolution terrestre ne disposent pas tous du même rapport à l’intelligence ni des mêmes capacités d’intervention. La possibilité de diriger cette évolution suppose un niveau de conscience qui permette de travailler avec les forces sans subir leur domination.
Ceci s’applique aussi aux forces de la lumière. Viendra le temps où celles-ci ne devront plus exercer de pouvoir sur l’évolution d’une civilisation. La fin de la domination ne concerne donc pas uniquement les intelligences dont l’intervention serait négative ou hostile. Même lorsqu’une influence provient des forces de la lumière, l’humanité doit parvenir à un état de conscience qui lui permette de diriger sa propre évolution.
Ces transformations sont abordées au cours de cette rencontre enregistrée en 1981 : Bernard de Montréal donne certains repères temporels, mais il ne veut pas que ses auditeurs en tirent une chronologie définitive. Car une date peut alors devenir le point de départ d’une construction qui mobilise les attentes, les inquiétudes ou la curiosité de celui qui l’a entendue. L’information cesse d’être considérée pour ce qu’elle permet de comprendre et devient une forme autour de laquelle l’esprit organise ses représentations.
C'est pour défaire cette construction intellectuelle que Bernard revient sur une information déjà donnée. En défaisant la certitude qui commence à se construire autour d’une date, il empêche que celle-ci devienne un point de fixation pour l’intellect.
« quand je dis non, je détruis la forme de l’information » — MR-030
Les deux phases de la révélation ont donc une fonction dans l’évolution. Mais les indications temporelles données au cours de l’échange ne constituent pas un calendrier à partir duquel il faudrait interpréter les événements.
Recevoir l’instruction demande aussi du discernement. L’information ne doit pas devenir une croyance, une attente ou une certitude intellectuelle.
L’homme doit pouvoir connaître les mécanismes de son évolution sans devenir dépendant des formes qu’il construit à partir de ce qu’il en apprend.
La supériorité d'une intelligence ne lui donne aucun droit de diriger notre évolution.
5.2 Pouvoir, interprétation et domination
Un système peut être parfaitement cohérent, fonctionner efficacement et produire des résultats, tout en maintenant ceux qui y participent dans une relation de domination. Son efficacité ne suffit pas à déterminer la nature des forces qui le dirigent ni la liberté dont disposent les hommes qui l'utilisent. Elle peut même contribuer à les retenir dans ce système, puisque les résultats obtenus leur donnent des raisons de continuer à lui faire confiance.

C'est notamment le problème posé par les organisations qui apprennent à l'homme à développer sa volonté et à contrôler son environnement. Les capacités acquises peuvent être réelles, les méthodes fonctionner, et pourtant conduire à une domination de plus en plus grande sur les autres. La scientologie en est un exemple : elle peut fonctionner dans ses méthodes, tout en étant un système contrôlé par des forces négatives. Ce qui permet à l'homme d'exercer un pouvoir peut donc aussi devenir ce qui le retient dans une forme dont il ne voit pas la nature réelle. (MR-031)

Scientologie — Quand l'efficacité d'une méthode devient un moyen de dépendance.
La soif de pouvoir intervient dans ce mécanisme. Elle appartient à l'ego, qui cherche à étendre son contrôle sur les circonstances et sur les hommes. Lorsqu'une organisation lui donne les moyens d'exercer cette autorité, il peut prendre une place importante dans son fonctionnement sans être pour autant autonome.
Certains hommes deviennent ainsi des « robots chefs » : ils disposent d'une autorité sur d'autres personnes et peuvent exercer leur contrôle sur des ensembles de plus en plus nombreux. Mais leur position dominante ne signifie pas qu'ils soient eux-mêmes libres des structures dans lesquelles ils fonctionnent : le pouvoir qu'ils exercent et leur autonomie restent deux choses différentes (MR-031).
Ce mécanisme de domination peut se retrouver à différents niveaux de la société. Les gouvernements représentent le peuple, mais le pouvoir économique et politique ne se limite pas aux institutions qui apparaissent publiquement. Ce contrôle est attribué à des réseaux d'hommes reliés à des sociétés secrètes, dont l'influence s'exerce en dehors de la représentation politique visible.
La question du pouvoir rejoint ainsi celle des formes capables d'organiser et de diriger l'activité humaine. Une forme peut mobiliser des individus, leur donner une orientation commune et produire des résultats considérables. Ceux qui y participent peuvent y reconnaître une force et une cohérence sans discerner les influences auxquelles ils sont soumis.
Le cas d'Hitler permet d'aborder un autre aspect de ce mécanisme. Il concerne l'utilisation de connaissances occultes et leur transformation en formes collectives capables de diriger et contrôler un peuple. Le contact avec des plans d'intelligence extérieurs au mental humain peut donner accès à une puissance considérable, mais il ne garantit pas que celui qui reçoit cette intelligence soit libre de l'interprétation qu'il en fait.
Dans MR-031, lorsqu'un participant comprend qu'Hitler était dans le supramental, Bernard de Montréal corrige cette formulation. Il précise qu'Hitler était en relation avec le supramental, au sens d'un mental situé en dehors du mental humain : les forces sataniques appartiennent elles aussi à un plan en dehors du mental humain. Cette distinction empêche de confondre le contact avec une intelligence extérieure et l'état de conscience supramental associé à la fusion et à l'autonomie.

L'interprétation existe lorsque l'ego reprend des connaissances occultes et les applique à une réalité humaine. Dans l'explication donnée sur le nazisme, les théories occultes relatives à la race aryenne ont été utilisées pour attribuer au peuple allemand une destinée particulière, puis justifier un projet de domination mondiale. Une connaissance qui appartenait à un autre domaine a ainsi été enfermée dans une représentation collective, mise au service d'une ambition politique et d'un projet de domination.
La forme finit donc par retenir aussi bien celui qui l'utilise que ceux auxquels il l'impose. L'intelligence reçue ne protège pas l'homme de cette déformation : elle peut devenir le moyen par lequel son ego construit une représentation qu'il prend pour la réalité.
« il n’y a rien de plus dangereux qu’interpréter l’occulte » — MR-031
Le danger vient de cette interprétation qui transforme une information occulte en certitude intellectuelle, puis en forme à laquelle l'homme s'identifie. Lorsqu'une telle forme est portée par un mouvement collectif, elle peut acquérir une puissance considérable et entraîner des populations entières. La capacité de travailler avec des forces ou de recevoir une intelligence supérieure ne donne donc aucune garantie sur la manière dont cette intelligence sera utilisée.

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L'emprise des formes collectives — Les rassemblements nazis mettaient en scène la puissance d'une idéologie capable de mobiliser les masses et d'imposer une pensée collective.
Un système qui fonctionne peut être le piège le plus efficace.
5.3 Science, formes nouvelles et action sur la nature
L'accès à de nouvelles connaissances ne garantit pas qu'elles puissent être comprises, reconnues ou utilisées librement. Un scientifique peut recevoir une information qui dépasse les conceptions admises dans son milieu, en saisir la portée et se trouver néanmoins dans l'impossibilité de la faire accepter. La connaissance rencontre alors les limites des systèmes scientifiques, mais aussi celles des intérêts qui déterminent les recherches et leurs applications.
Une découverte peut présenter un intérêt militaire ou économique de premier plan et être exploitée dans ce sens, sans contribuer pour autant à l'implantation d'une science cosmique. La distinction est importante : une science révolutionnaire peut transformer les moyens dont dispose l'homme tout en restant soumise aux structures qui organisent la société. Les connaissances nouvelles sont alors utilisées à l'intérieur des formes existantes, selon les objectifs de ceux qui disposent du pouvoir de les développer.
Les moyens dont le scientifique dispose pour reconnaître la valeur d'une information ont aussi des limites. Les mathématiques lui permettent d’énoncer des hypothèses, de mesurer et de vérifier les relations qu'il établit. Mais lorsqu'une connaissance nécessite des mathématiques qui n'ont pas encore été développées, il ne possède pas les instruments nécessaires pour l'évaluer. Ce qu'il ne peut pas démontrer demeure alors théorique à ses yeux, même s'il en comprend certains aspects.
La circulation de l'information ne résout donc pas à elle seule le problème de sa reconnaissance. Dans MR-030, Bernard de Montréal évoque des scientifiques de différents pays qui entretiennent des relations et échangent des informations à travers un réseau disposant d'un ordinateur en France. Cette activité existe déjà au moment de la rencontre de 1981. Elle concerne la transmission de connaissances entre des hommes dont les possibilités d'action restent liées aux conditions scientifiques et sociales de leur époque. Ceci ne fait pas référence à l'organisation future du gouvernement invisible évoquée précédemment.
L'accès à la connaissance prend une autre dimension lorsque l'homme peut disposer de la mémoire et des connaissances des sciences de la planète. La création ne dépend plus alors uniquement des acquisitions successives de la science telle qu'elle fonctionne aujourd'hui. La mémoire donnée permet à l'homme d'accéder à un savoir à partir duquel il peut développer des pouvoirs nouveaux et participer à la création d'une civilisation dont les conditions de vie seront différentes. (MR-032)
Cette activité créatrice concerne notamment :
« des formes nouvelles pour l’exploitation du bien-être de la civilisation pendant des générations à venir » — MR-032
C’est une application concrète de la liberté à l'égard des formes : tant que l'homme demeure attaché aux formes de connaissance qu'il possède, il cherche à progresser à partir de ce qu'il connaît déjà. Il peut accumuler des informations, perfectionner ses méthodes et développer des systèmes de plus en plus puissants, sans sortir des limites imposées par ses représentations. La création de formes nouvelles suppose un autre rapport au savoir. L'homme n'est plus retenu dans la poursuite indéfinie de connaissances dont il cherche à établir la valeur. Il peut utiliser ce qu'il sait pour créer des conditions d'existence nouvelles. Les formes cessent alors d'être des structures auxquelles il s'attache pour devenir les moyens de son activité créatrice. Leur fonction est de servir la civilisation et son bien-être, sans que l'homme soit dominé par ses propres créations.
Cette possibilité d'action s'étend aussi aux forces de la nature. Les volcans sont des centres d'énergie liés à l'activité de forces élémentales. Leur fonctionnement participe à l'équilibre de la planète. Pour intervenir sur cette activité, l'homme doit pouvoir accéder aux plans où travaillent les intelligences responsables de ces forces et posséder une intelligence supérieure à la leur (MR-032).
L'action sur les éléments dépend donc du rapport que l'homme peut établir avec les intelligences qui les activent. Tant qu'il demeure limité à la perception des phénomènes matériels, il peut observer leurs manifestations, chercher à comprendre leurs lois et tenter d'en prévoir les conséquences. Mais il ne dispose pas pour autant du pouvoir d'intervenir directement sur les forces qui les mettent en activité.
L'accès aux plans où travaillent ces intelligences change les conditions de cette intervention. À partir du moment où l'homme est dans la lumière et possède la suprématie d'intelligence nécessaire, il peut agir sur les forces élémentales elles-mêmes : par exemple, la possibilité d'arrêter les volcans, puis d'intervenir sur les tempêtes et les raz-de-marée (MR-032).
Ces pouvoirs ne résultent pas de la seule connaissance des phénomènes naturels. Ils dépendent de la conscience de l'homme, de son accès aux plans où travaillent les forces et de la position qu'il peut occuper dans ses rapports avec elles. Une connaissance des éléments limitée à leurs aspects intellectuels, aussi développée soit-elle, ne lui donne pas cette capacité d'action.
L'homme peut ainsi passer de l'étude des manifestations de la nature à une intervention sur les forces qui les produisent. Cette possibilité appartient au développement de sa conscience et de son intelligence. Elle ne doit pas être confondue avec les pouvoirs que les systèmes humains cherchent à acquérir pour contrôler leur environnement, ni avec l'autorité exercée par des intelligences extérieures sur l'évolution terrestre.
Une idée peut entraîner tout un peuple et l'enfermer dans une même illusion.
6. Conclusion
L’autonomie ne se mesure pas à l’information ou au pouvoir reçus
L’homme peut recevoir des informations d’une grande intelligence, entrer en contact avec des êtres sur d’autres plans, développer des facultés extraordinaires et disposer de pouvoirs considérables sans être pour autant autonome. Rien, dans la puissance de ces expériences, ne garantit qu’il soit libre des influences auxquelles il est soumis. Il peut même se trouver davantage lié à ce qui lui apporte ces connaissances ou ces pouvoirs, parce qu’il leur accorde une valeur qui dépasse son propre discernement.
Cette dépendance est parfois difficile à reconnaître, car elle peut prendre les apparences du progrès. Une réponse permet de comprendre, une faculté donne accès à des perceptions nouvelles, une méthode produit des résultats, une autorité semble disposer d’un savoir supérieur. Pourtant, tant que l’homme a besoin de ces références pour déterminer ce qu’il doit penser, croire ou faire, il demeure sous leur influence. La connaissance qu’il reçoit peut enrichir son intellect sans modifier le fonctionnement qui le rend dépendant.
« Quand tu es autonome tu es libre des forces. » — MR-028
Cette liberté se vérifie d’abord dans les situations les plus courantes. Une parole peut nous atteindre et provoquer une réaction dont nous n’avions pas conscience d’être capables. La colère d’un autre peut nous entraîner dans une opposition qui mobilise notre énergie et finit par diriger notre comportement. Même lorsque nous avons raison, notre réaction peut révéler à quel point nous sommes encore affectés par ce qui vient de l’extérieur.
Le discernement permet de reconnaître cette influence lorsqu’elle se produit. Il devient alors possible de ne pas alimenter la colère, de se protéger lorsqu’une situation l’exige ou d’intervenir sur les circonstances qui entretiennent une tension. La neutralité n'impose pas la passivité, pas plus que la volonté d'agir ne nécessite une réaction émotive. L'homme apprend à reconnaître ce qui demande une ouverture, une fermeture ou une action, sans être prisonnier d'une réponse toujours identique.
La liberté à l’égard des formes répond à la même loi. Une croyance peut être entendue sans être adoptée ni combattue. Une pensée peut apparaître sans qu’il faille nécessairement la poursuivre. Une connaissance peut être reçue sans devenir une vérité à défendre. L’homme n’a plus à détruire tout ce qui se présente à lui pour préserver son autonomie : il doit pouvoir reconnaître ce qui retient son intelligence et ce qui lui permet au contraire de comprendre, de communiquer ou de créer.
Cette distinction devient déterminante dans les rapports avec l’invisible. La puissance d’une intelligence, la hauteur du plan sur lequel elle intervient ou les facultés qu’elle peut transmettre ne lui donnent aucun droit de domination sur l’homme. Celui-ci doit pouvoir interroger les êtres avec lesquels il communique, reconnaître les raisons de leurs interventions et ne plus confondre la connaissance qu’ils possèdent avec le savoir qui doit se développer en lui.
L’instruction elle-même n’échappe pas à cette contrainte. Elle apporte des références, permet de comprendre des mécanismes et contribue à détruire certaines formes, mais aucune parole ne peut accomplir à la place de celui qui la reçoit le travail nécessaire à sa transformation. L’attachement à un maître, à une personne ou à une organisation peut subsister jusque dans la recherche sincère de l’autonomie. La conscientisation supramentale demeure individuelle : chacun doit parvenir à fonctionner dans son propre savoir, indépendamment des références qui ont participé à sa préparation.
La fusion avec l’ajusteur de pensée met fin à cette dépendance : lorsque l’homme est dans le savoir, il ne peut plus être dominé par une intelligence extérieure. Cette transformation demande cependant un ajustement progressif, qui concerne sa conscience, ses corps et les conditions concrètes de son existence. Comprendre intellectuellement ce qu’est la liberté ne suffit pas : l’homme doit parvenir à la vivre.
L’autonomie doit aussi permettre à l’humanité de diriger sa propre évolution. Elle peut recevoir des connaissances nouvelles, entrer en relation avec des civilisations plus avancées et accéder à des moyens d’action qu’elle ne possède pas encore. Mais elle peut aussi reproduire, à l’échelle de la planète, les rapports de domination dont l’homme cherche individuellement à se libérer. La puissance de ces civilisations ou l’intelligence des êtres avec lesquels elle travaille ne lui garantissent aucune autonomie si elle leur abandonne le pouvoir de décider de son avenir.
L’accès à une science nouvelle, la création de formes destinées au bien-être de la civilisation et la possibilité d’intervenir sur les forces de la nature prennent alors leur place dans cette évolution. Il ne suffit plus de chercher à acquérir du pouvoir sur son environnement. L’homme doit développer une intelligence qui lui permette d’agir et de créer sans rester soumis aux forces, aux connaissances et aux formes avec lesquelles il travaille.
L’autonomie apparaît ainsi dans la capacité de l’homme à entrer en relation avec ce qui l’entoure sans être dominé par cette relation. Il peut recevoir sans dépendre, comprendre sans s’enfermer dans une représentation, agir sans subir ses émotions et créer sans devenir prisonnier de ses créations. Le discernement lui permet de reconnaître ce qui intervient dans son fonctionnement, jusqu’à ce que son propre savoir lui donne la liberté de diriger son évolution.
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